Tal Bruttmann, commissaire de l’exposition “Ginette Kolinka, itinéraire d’une survivante d’Auschwitz”
Tal Bruttmann : Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? Ginette Kolinka est une personnalité hors norme avec un parcours de vie d’un point de vue historique impressionnant. Comme beaucoup de rescapés, elle a construit sa vie en dehors du fait qu’elle était survivante. Pendant un long moment, son témoignage n’a pas été central. Son passé de survivante n’a joué un rôle dans sa vie que tardivement par rapport à l’ensemble de son existence, après 50 ans passés à bosser sur les marchés.
Tal Bruttmann : Ginette Kolinka et moi nous nous connaissons depuis 20 ans. Mais, au-delà de cette relation, cette exposition est étroitement liée à la sortie de la bande-dessinée consacrée à Ginette Kolinka dont elle est également l’une des co-autrices. Cette bande-dessinée, biographique, raconte le dernier voyage de Ginette Kolinka à Birkenau, sa vie avant et après la Shoah. Donc, en matière d’illustration, nous nous sommes appuyés sur le travail des auteurs de la bande-dessinée, sur certaines planches. Pour éclairer certains aspects de la vie dessinée de Ginette Kolinka, de nombreux documents d’archives seront mis à disposition du grand public. Comme la plupart des victimes de la Shoah en France, il est possible de raconter, de reconstituer la vie de Ginette Kolinka grâce à un ensemble de ressources historiques.
Cette exposition sur Ginette Kolinka permet de raconter l’histoire de l’immense majorité des juifs de France, une population relativement pauvre qui ne correspondait pas aux représentations de l’antisémitisme.
Tal Bruttmann : Souvent, on peut avoir tendance à réduire la vie de Ginette Kolinka à sa déportation à Auschwitz, à ce qui est réducteur. Son histoire comme l’histoire de sa famille ne peut se limiter à cet événement. Cette exposition rappelle la richesse de son parcours, l’histoire de sa famille, une famille largement touchée par la Shoah. Cette exposition sur Ginette Kolinka permet de raconter l’histoire de l’immense majorité des juifs de France, une population relativement pauvre qui ne correspondait pas aux représentations de l’antisémitisme. Ginette et sa famille illustrent une grande partie des juifs de France à l’époque. Cette exposition s’attarde donc sur l’histoire qui précède la déportation : la vie sous l’occupation, le départ de la famille de Ginette de Paris pour Avignon pour fuir les rafles. De 1940 à 1945, une série d’événements se produisent dans la vie de cette femme, cet enchevêtrement de choses permettent de comprendre le sort des juifs de France pendant la guerre, leur persécution.
“Adieu Birkenau. L’histoire de Ginette Kolinka, survivante d’Auschwitz” de Ginette Kolinka, Jean‑David Morvan, Victor Matet, Ricard Efa, Cesc F. Dalmases et Roger Surroca, Albin Michel
Tal Bruttmann : La bande-dessinée permet de toucher d’une autre manière le public, un public dont les codes sont peut-être différents de ceux du cinéma ou du témoignage filmé. Cette écriture permet de raconter autrement le témoignage de Ginette Kolinka, de le mettre en images. C’est un support essentiel pour toutes les personnes qui n’ont pas eu la possibilité de rencontrer Ginette Kolinka, de visiter Auschwitz avec elle.
La bande-dessinée n’a pas besoin d’être réaliste pour représenter la réalité. C’est le cas de Maus réalisé par Art Spiegelman qui a choisi de représenter les Juifs en souris, les nazis en chats et les polonais en cochons. Cette BD, bien que recourant à l’allégorie, est l’une des meilleures œuvres sur la Shoah.
Tal Bruttmann : Ginette Kolinka, dans son immense modestie, reconnaît les mérites des autres, notamment des historiens. Elle ne considère pas qu’elle est la seule dépositaire de son histoire, de son témoignage. C’est la raison pour laquelle elle encourage celles et ceux qu’elle rencontre à passer la mémoire, à porter sa voix.
“Adieu Birkenau. L’histoire de Ginette Kolinka, survivante d’Auschwitz” de Ginette Kolinka, Jean‑David Morvan, Victor Matet, Ricard Efa, Cesc F. Dalmases et Roger Surroca, Albin Michel
Commissariat : Tal Bruttmann, historien, Caroline François, chargée des expositions
Avec la complicité de JD Morvan et Victor Matet et le regard de Ginette Kolinka
En partenariat avec les éditions Albin Michel
Graphisme : Philippe Poirier
Informations pratiques :
Entrée gratuite
Du lundi 2 octobre 2023 au jeudi 21 décembre 2023
Mémorial de Drancy
Nos navettes Paris-Drancy
Dimanche 15 octobre
Dimanche 26 novembre
Dimanche 10 décembre
Horaires de la navette :
14 h : départ du Mémorial de la Shoah de Paris (17, rue Geoffroy-l’Asnier – 75004 Paris)
17 h : retour pour le Mémorial de la Shoah de Paris (retour décalé à 17h45 lors des Rendez-vous de Drancy)
Tarif : gratuit, dans la limite des places disponibles.
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