Rentrée 2024 : tout ce que vous allez apprendre au Mémorial de la Shoah

Julie Maeck, responsable de la programmation de l'auditorium, nous présente le programme de septembre-décembre 2024 au Mémorial de la Shoah à Paris. Il s'articule notamment autour du 30ème anniversaire du génocide des Tutsi, de la rentrée littéraire, du Mois du Film Documentaire et des nouvelles formes de transmission de l'histoire.

Comment transmettre l’histoire de la Shoah aux nouvelles générations ? Comment témoigner autrement ? Comment mettre l’archive au service de la création artistique ? Comment commémorer les 30 ans du Génocide des Tutsi : à travers quelle littérature ? Julie Maeck, responsable de la programmation à l’auditorium, répond à toutes ces questions et nous présente le programme de septembre-décembre 2024 au Mémorial de la Shoah de Paris.

Depuis plusieurs années, le Mémorial de la Shoah se donne l’objectif de réunir une diversité de publics, de fédérer les nouvelles générations autour de problématiques universelles. Qu’en est-il cette année ? 

Nous débutons la saison avec deux rencontres le 8 septembre, qui s’adressent en particulier aux nouvelles générations, futurs passeurs de mémoire. Nous présentons deux textes, qui, selon nous, aident à mieux comprendre le monde, à mieux saisir l’actualité, à penser notre présent autrement aussi. 

Nous découvrirons un texte inédit de Simone Veil intitulé “Pour les générations futures” (Albin Michel), un discours prononcé en 2005 qui se destinait alors aux élèves de la rue d’Ulm. Simone Veil y évoque sa déportation et celle de sa famille, le sort des enfants cachés, mais aussi les thèmes et préoccupations qui lui sont les plus chers : la mémoire de la Shoah et sa transmission aux nouvelles générations, la réconciliation et l’unité européenne... Ce texte éclairant rappelle à la jeunesse son rôle pour que plus jamais l’histoire ne se répète. Dans l’esprit de cette rencontre et parce que 2024 symbolise les 50 ans de la loi Veil, nous organisons une projection du film documentaire “Les Combats méconnus de Simone Veil” de Dominique Missika et Caroline du Saint. Conditions de travail des infirmières, Sida, congé paternité, parité entre les hommes et les femmes... Simone Veil a mené des luttes peu connues que révèle ce documentaire en forme de portrait intime.

Le 8 septembre toujours, nous accueillons Gaël Faye, auteur de “Petit Pays”, prix Goncourt des lycéens en 2016, roman aussi adapté en bande-dessinée. Cette fois-ci, nous échangerons autour de “Jacaranda”, son deuxième roman, qui nous porte une nouvelle fois sur les terres du Rwanda, dévastées par le génocide des Tutsi. Son personnage principal a 12 ans, enfant d’un couple mixte, son père est Français, sa mère est Rwandaise, il découvre le génocide à la télévision. Depuis la France. L’adolescent se confronte au silence de ses parents, un silence qui rappelle celui des survivants de la Shoah, de certains enfants cachés. Ce deuxième roman pose la question de l’héritage : comment le porter ? La troisième génération, plus à distance de la tragédie, peut-elle se réapproprier cette histoire ? 

De plus en plus, le Mémorial investit le théâtre pour transmettre l’histoire de la Shoah, l’histoire des génocides. Comment le théâtre peut-il continuer à transmettre ces histoires ?

Depuis plusieurs années, nous sommes convaincues qu’il faut donner plus de place au spectacle pour continuer à transmettre l’histoire de la Shoah, l’histoire des génocides du 20ème siècle. Parce que le Mémorial lutte et combat toutes les formes de discriminations, de nombreux artistes peuvent s’emparer de nos sujets et les adapter sur scène. Dès le 15 septembre, nous proposons une lecture théâtrale d’un texte de Calek Perechodnik, Juif polonais qui a décrit la vie dans le guetto de Varsovie. Ce texte est interprété par le comédien Charles Berling (qu’il a également mis en scène). 

Le 12 décembre, nous organisons une performance théâtrale autour de l’archive “Jouer l’archive”. Pas n’importe quelle archive : le compte-rendu minute par minute d’une réunion interministérielle de décembre 1940 ayant lieu à Vichy (pièce conservée aux Archives Nationales) et portant sur les modalités d’application du statut des Juifs. Les comédiens rejouent cette réunion, interpellent les spectateurs et redonnent vie à la machine technocratique alors à l’œuvre en France. 

Aussi, depuis peu, nous avons noué un partenariat avec le Théâtre de la Ville et grâce à ce dispositif, nos publics se mêlent, se croisent, se rencontrent : le public du Théâtre de la Ville se rend au Mémorial, notre public se rend au Théâtre de la Ville. Après chaque représentation, nous organisons un bord de scène, un échange entre le public et les auteurs, comédiens ou metteurs en scène. Parce que nous pensons les rencontres comme des lieux d’échanges entre le public et les créateurs, les artistes. Dans ce cadre, le 10 novembre prochain, nous vous proposons la lecture d’un témoignage exceptionnel sur “la Shoah à l’Est”. Plusieurs extraits du Journal de Kazimierz Sakowicz, un témoin oculaire polonais et catholique à Ponary (près de Vilnius en Lituanie) de 1941-1943. Un lieu de villégiature devenu, de 1941 à 1944, le site de la mise à mort de 70 000 Juifs. Sakowicz se trouve aux premières loges d’une gigantesque tuerie et consigne, trois années durant, ce qu’il observe sous ses yeux. Nous avions déjà organisé une rencontre portant sur l’intérêt historique d’un tel document, du Journal de ce témoin oculaire. Cette fois-ci, la lecture théâtrale permettra d’apprivoiser ce texte aussi bien pour ses qualités historiques que littéraires. 

Chaque exposition au Mémorial de la Shoah donne lieu à un cycle de rencontres. Quels thèmes avez-vous souhaité approfondir autour des expositions “Paris 1924 - Paris 2024 : Les Jeux olympiques, miroir des sociétés” et “Des Étrangers dans la Résistance en France” ?

Le 16 octobre, la rencontre sera consacrée aux combats des femmes pour l’égalité dans le sport dont celui d’Alice Milliat, sportive de haut niveau et militante des droits des femmes, qui a fondé, dans les années 20, la Fédération sportive féminine internationale et a organisé de manière indépendante des Jeux Olympiques féminins. Aujourd’hui, Aya Cissoko, championne de boxe multimédaillée et écrivaine, poursuit ses actions, porte son héritage. 

Le 20 octobre, nous rappellerons le rôle capital des femmes dans la Résistance. Les activités du Travail allemand (un organe dont le but est de diffuser de la propagande antinazie au sein des troupes d’occupation) sont principalement l’œuvre d’un groupe de jeunes femmes juives germanophones, immigrées en France, qui, sous la direction d’Irma Mico, approchent des soldats allemands pour les convaincre d’aider la Résistance. 

Ces deux rencontres s’inscrivent dans une volonté de rendre visibles les femmes, de les sortir des oubliettes de l’histoire. Au Mémorial, nous avons bien conscience que les femmes se trouvent à la croisée de plusieurs discriminations (le sexisme, le racisme, l’antisémitisme…). Pour cette raison, ces rencontres décloisonnent les publics, ouvrent un dialogue sur les discriminations afin de mieux les comprendre, de mieux les combattre. 

Il y a 100 ans, Kafka meurt de la tuberculose à l’âge de 40 ans. Sauvée par son meilleur ami Max Brod, l’œuvre de l’écrivain échappe au nazisme, à la destruction. En 2024, l’héritage de Kafka s’invite au Mémorial de la Shoah, pourquoi ? 

En 1924, Kafka laisse derrière lui une œuvre conséquente dont la plupart des textes sont inachevés. Kafka aura connu l’antisémitisme du début du 20ème siècle à Prague, il aura eu connaissance des pogroms perpétrés en Russie tsariste mais il n’aura pas connu la Shoah. Il est mort avant la catastrophe. Mais s’il avait vécu, il aurait, comme ses proches, été persécuté par le nazisme. Le 19 septembre, nous évoquerons ce monde englouti par la Shoah, la trajectoire d’Ottla Kafka, sa petite sœur préférée, celle de Milena Jesenská, journaliste, écrivaine et traductrice tchèque, avec laquelle il entretiendra une romance épistolaire, qui s’engagera dans la Résistance et mourra en déportation. Cette rencontre est d’ailleurs organisée en partenariat avec le Centre culturel tchèque.

Qu’attendez-vous du public du Mémorial ? 

Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir un public fidèle dont l’histoire est étroitement liée à l’histoire de la Shoah. Mais, une question nous habite : comment faire en sorte que les nouvelles générations puissent elles-aussi se sentir concernées ? Pour ce faire, nous avons prévu d’inviter, de donner la parole aux 3ème et 4ème générations qui jouent leur rôle dans la transmission de l’histoire de la Shoah à travers la création de podcasts, notamment. 

Notre public est aussi acteur dans la construction des savoirs, il n’y a pas d’un côté, les personnes qui savent et de l’autre, celles qui ne savent pas. Le 15 décembre, nous retrouverons d’ailleurs des amateurs d’histoire autodidactes qui ont retracé l’histoire de leur immeuble pendant la guerre. Après des mois voire des années de recherche, ils sont capables de recréer les trajectoires des victimes, de redonner une vie aux habitants de leur immeuble.

Pendant les rencontres, nous prenons avec Pauline Dubuisson, coordinatrice à l’auditorium, note des réactions, commentaires, questions du public. Cette parole libre nous inspire très souvent de nouvelles idées, de nouvelles rencontres, c’est très précieux.

Informations pratiques : 

17 rue Geoffroy l’Asnier – 75004 Paris

Du dimanche au vendredi de 10h à 18h. Nocturne le jeudi jusqu’à 22h

Le Mémorial de la Shoah vous parle

Par Mémorial de la Shoah

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